I - Le voyage

Épisode 1 : le voyage.

Rien à dire sur le Arches-Nancy-Paris Est, que je fais souvent. Je rejoins Paris Nord, peinant légèrement dans les escaliers à cause d’un sac supplémentaire par rapport à d’habitude.

Au check-in de l’eurostar, la voix SNCF, après nous avoir rappelé gentiment l’épidémie de grippe A, invite les personnes mineures voyageant seules à se présenter auprès d’un membre du personnel. Le monsieur en gris et vert à qui je m’adresse me demande mon âge et me dit que « c’est bon alors ». Puis arrive la douane et la vérification des papiers d’identité. Côté français, le monsieur me regarde bizarrement, scrute attentivement ma carte d’identité, puis s’exclame avec un accent très méridional : « Mais ! Vous êtes mineure ! Vous avez l’autorisation de sortie de territoire ?!? ». Malheureusement pour lui elle était au fond de mon trieur, au fond de mon sac à dos, rempli d’affaires, et il m’a fallu un moment pour lui tendre ledit papier. Il m’a laissée sortir du pays (enfin, administrativement parlant) et il avait l’air un peu deg. Idem pour le côté anglais de la douane qui a eu l’air de me prendre pour une terroriste.

J’ai eu aussi un peu de mal au portillon-qui-détecte-si-tu-veux-faire-sauter-le-train à vider mes poches un peu trop remplies, mais les types là, qui d’ailleurs discutaient tranquillement entre eux et ignoraient royalement ma maladresse, avaient l’air plus sympas.

Bref, j’ai fini par rentrer dans l’eurostar… au beau milieu d’autres jeunes appartenant à un espèce de voyage organisé, avec leur organisatrice pas douée qui me prenait pour l’une d’entre eux (Non madame, j’ai pas l’étiquette avec le garde national anglais sur ma valise MOI). Ce qui m’a permis de discuter avec mon voisin pendant les deux heures de trajet. Ils descendaient tous, comme moi, à Ashford (Kent), et comme ils avaient un peu deux de tension, je crois qu’on a mis l’eurostar en retard (en tout cas le type sur le quai avait pas l’air content).

Pendant qu’ils restaient sur ledit quai à compter si personne ne s’était perdu, j’ai pris le chemin eurostar > autres trains toute seule, le premier flot de voyageurs étant déjà parti avant que je ne descende. Et là… ben, c’est assez étrange de passer une dizaine de portes blindées sans poignée ni serrure, opaques, métalliques, qui s’ouvrent silencieusement sur votre passage, le tout pendant cinq longues minutes sans croiser âme qui vive, que des anciens bureaux de douane déserts. Franchement, ils abusent un peu avec leur distance train transfrontalier - reste du monde.

J’ai été grandement soulagée d’arriver dans la gare même, réussi à trouver les voies facilement et… rien compris à comment savoir quel train je devais prendre. En plus, toutes les filles à qui je demandais de l’aide étaient aussi françaises et aussi paumées que moi. Enfin, par chance j’ai fini par voir ma destination (heureusement que j’allais dans une grande gare connue…) sur un écran lumineux, avec ma voie etc, j’ai acheté mon ticket et essayé d’appeler ma famille anglaise.

Avec mon téléphone portable qui, bien sûr, refusa de me mettre en contact. Comme j’avais le temps, j’ai traversé la gare dans les deux sens pour trouver une cabine téléphonique, réalisé que j’avais utilisé toutes mes pièces pour acheté mon billet, réussi à demander de la monnaie à une dame sur un billet de cinq livres. Ensuite tout s’est bien passé, je ne me suis pas trompée de train, ni de famille à la gare, juste de côté en voulant monter dans la voiture… ah, le volant à droite…
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